Zen Road
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[Image du jeune Deshimaru sourisant au commencement de son temps en Europe]

Taisen Deshimaru

Mokudo Taisen Deshimaru a été dénommé « le Bodhidharma des temps modernes » à cause de sa forte personnalité, de sa pratique du zen sans compromis et du caractère pionnier de sa mission visant à implanter le zen authentique sur de nouvelles terres (dans ce cas-ci l’Europe). A l’instar de son maître Kodo Sawaki avant lui, il a insisté sur l’importance de la posture assise, zazen. Son enseignement, direct, concret et enraciné dans la vie quotidienne, a encouragé les disciples à être au-delà de la pensée (hishiryo), sans aucun intérêt de profit personnel (mushotoku), et libres de suivre l’ordre cosmique « inconsciemment, naturellement et automatiquement ».

Yasuo Deshimaru, tel est son nom, est né le 20 novembre 1914 dans un petit village près de Saga. Sa mère était une fervente Bouddhiste, son père un homme d’affaires. La polarité de leurs visions du monde a fortement marqué l’enfant, qui a considéré très jeune que sa destinée était de résoudre la contradiction entre le matériel et le spirituel.

Il a rencontré Kodo Sawaki à l’âge de 18 ans et a commencé à s’asseoir en zazen avec lui deux années plus tard. Il a rencontré le maître régulièrement tout en continuant sa vie d’homme d’affaires et plus tard d’époux et de père de trois enfants. Avec le temps, il est devenu son disciple et une relation intime s’est développée naturellement entre eux sur une période de trente ans.

Deshimaru a demandé à plusieurs reprises à Sawaki l’ordination de moine, qui lui était systématiquement refusée. Il l’encourageait à simplement continuer zazen et à mener une vie active de laïc. La réticence de Sawaki à s’installer dans un temple a également fortement impressionné Deshimaru, qui n’a jamais mené de vie monastique. Un mois avant son décès, Sawaki a appelé Deshimaru à son chevet et a dit, « Tu dois continuer après moi et transmettre l’enseignement de Bodhidharma. Demain, je me lèverai pour t’ordonner moine. » Un an après la mort de Sawaki, Deshimaru a confié sa famille à son fils et a pris le transsibérien en direction de la France.

Il est arrivé à Paris 1967 seul et sans argent, sans connaître le français et avec rien d’autre que son zafu, son kesa et le kesa de son maître et ses carnets de notes. Il avait réussi à obtenir une invitation d’un groupe macrobiotique et vivait dans l’arrière pièce d’un magasin d’alimentation diététique, pratiquant zazen chaque jour et gagnant sa vie en faisant des massages. Petit à petit, les gens ont commencé à s’asseoir avec lui et sa réputation a commencé à se faire.

En 1970, il créa l’Association Zen Européenne, qui est devenue plus tard l’Association Zen Internationale (AZI). Il publia son premier livre, Vrai Zen, et commença à donner des conférences en France et dans d’autres pays européens. Comme le bruit se répandait qu’un vrai maître zen vivait rue Pernety, de plus en plus de personnes sont venues pratiquer avec lui. Il a ouvert son premier dojo dans le 14ème arrondissement de Paris en 1972 et a commencé à donner des ordinations et à diriger des sesshins.

[Image de Deshimaru avec chorégraphe Maurice Béjart devant le Temple Zen La Gendronnière]

Il a poursuivi sa mission avec une énergie colossale, inébranlable, cherchant constamment à réconcilier tradition et modernité, science et spiritualité, Est et Ouest, en revenant toujours à l’essence de l’enseignement reçu de son maître. Il possédait un charisme exceptionnel, une grande simplicité mêlée d’un sens de l’humour, qui a attiré non seulement les disciples, mais également certains des scientifiques, des artistes, des philosophes et des politiciens les plus reconnus de leur temps.

La sangha proche de Deshimaru était composée principalement de jeunes gens libres-penseurs pas toujours faciles à discipliner, mais qui étaient remplis d’un très grand enthousiasme et animés par l’esprit du débutant. Ensemble, ils ont publié des livres, tenu un restaurant et une boutique, organisé des sesshins et des camps d’été, et ouvert plus d’une centaine de dojos en Europe et en Amérique du Nord. En 1980, il fonda le temple de la Gendronnière dans la vallée de la Loire en France, qui est devenu le centre de sa mission et le lieu de rencontre de ses disciples, qui sont devenus au fil du temps de vrais moines et nonnes et parmi lesquels beaucoup sont devenus des enseignants à part entière.

[Image du vieux Deshimaru à Paris]

Deshimaru a eu des relations tendues avec les autorités officielles japonaises Soto (Sotoshu), dont il critiquait le formalisme, et avec les principales écoles zen aux Etats-Unis, pour leur mélange de zen Soto et de zen Rinzai. En dépit du fait que sa contribution à la dissémination du Zen soit reconnue aujourd’hui au Japon, il reste peu populaire aux Etats-Unis, ou au mieux inconnu. Il a dit un jour : « On peut me reprocher beaucoup de choses, mais sur zazen on ne pourra jamais rien dire. Chaque matin, chaque soir, je suis avec vous dans le dojo. »

On lui a diagnostiqué un cancer en début de l’année 1982 et malgré cela, il a continué à pratiquer avec ses disciples tout au long du printemps. Ses derniers mots avant de retourner au Japon pour y être soigné ont été : « S’il vous plaît, continuez zazen ». Il y est décédé le 30 avril 1982.


La vraie religion n’est pas ésotérique, mystique, ni une méthode de santé ou une gymnastique. La vraie religion est la Voie la plus haute, la Voie absolue : zazen. Zazen ne peut pas être une imitation, un faux. Zazen ne permet aucun mensonge. C’est une Voie difficile, mais la difficulté aide. Parfois le malheur peut être bénéfique. Sans malheur, l’homme s’amollit comme le visage du chat au coin d’une cheminée. Les chats ou les chiens sauvages sont plus forts que les animaux domestiques car ils sont toujours soumis à la difficulté. Ceux qui recherchent vraiment la Voie ne doivent pas espérer la facilité. Une voie facile n’est pas authentique.


Question : À votre avis, qui êtes-vous ? Un maître ? Un chef religieux ? Un philosophe ?

Taisen Deshimaru : Ha ! Bonne question. Je me le demande parfois moi-même. Mais ce que vous êtes en train de faire est de limiter par des catégories. Vous ne pouvez pas faire cela.
Je suis parfois un philosophe, parfois un religieux, parfois un moine, parfois un éducateur, parfois un buveur de whisky. Un vrai historien peut comprendre : ce sont les disciples qui décident. Si vous avez de grands disciples, alors vous aurez de grands maîtres. Je suis quelqu’un de religieux. Je me concentre complètement sur shikantaza. C’est mon seul objectif jusqu’à ma mort. Lorsque je meurs, alors ici et maintenant, seulement ceci : vrai moine Zen. Compris ?