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Voir la similarité essentiellepar Reiryu Philippe CoupeySi nous considérons toutes les existences avec équanimité, - Maître Sosan, le Shinjinmei (Strophe No. 50)
![]() Si nous considérons toutes les existences exactement comme elles sont – et ceci n’est pas évident – alors nous retournons à la liberté authentique, c’est à dire à notre nature originelle, notre nature de bouddha. Autrement dit, si nous considérons toutes choses comme égales, à ce moment nous retournons aux choses telles qu’elles sont. Ce qui veut dire aussi : voir la similarité essentielle en toute chose.
Le bodhisattva Samantabhadra
Samantabhadra dit : « Si une personne en difficulté ne peut pas voir à cause de ses obstructions karmiques, je pose en secret ma main sur sa tête pour la protéger, pour la réconforter, pour qu’elle puisse réussir. » Alors, s’il vous est difficile de vous réjouir du bonheur ou des mérites des autres, Samantabhadra viendra mettre sa main sur votre tête pour vous protéger et pour vous aider dans la direction que vous devez prendre.
Ce bodhisattva est présenté dans le sutra Surangama (« Sutra de L’héroïque »), un des sutras tardifs du Mahayana indien, écrit vers le Ier siècle de notre ère et traduit en chinois par Paramiti en 705. Le chan commençait à devenir très fort en Chine à cet époque, et les expressions employées dans ce sutra sont bien connues par ceux qui pratiquent dans la lignée de Deshimaru.
Par exemple, en sanscrit, « rupam sunyata, sunyata rupam » veut dire « shiki sokuze ku, ku sokuze shiki » (la forme est le vide et le vide est la forme). Aussi, on trouve dans ce sutra certaines phrases que Maître Deshimaru répétait continuellement, telles que « ne pas courir après les choses, ne pas fuir les choses »…
Il est intéressant d’observer, de réaliser, que tout ce qu’on apprend, tout ce qu’on entend, n’est pas nouveau. Ça n’a pas été créé par Maître Deshimaru, ni par Kodo Sawaki mais ça vient de bien plus loin. Bien que le langage de l’Inde ancienne ne soit pas celui du zen d’aujourd’hui, ces maîtres comme Bodhidharma, dans les années 500, et Maître Sosan, qui a composé le Shinjinmei à la fin des années 500, ont certainement influencé ce sutra dans sa traduction.
Le sutra Surangama parle de 25 sortes de « pénétrations parfaites ». Ce sont des portes d’entrée, représentant toutes les façons imaginables pour parvenir à trouver notre nature originelle. Il est dit à plusieurs reprises dans ce sutra que, si vous passez par une de ces portes, il n’est pas nécessaire de passer par les autres. Si vous passez une porte, vous les passez toutes. Les portes sont différentes, juste différentes comme les êtres humains sont différents les uns des autres.
Par exemple, le bodhisattva Samantabhadra est passé par la porte de l’oreille. Sa pénétration s’est faite par la conscience de l’oreille. Bouddha explique que, bien que dans ce cas l’éveil ait eu lieu par la conscience de l’oreille, cela n’a rien à voir avec cet organe des sens appelé « oreille » mais avec l’esprit. Bien sûr, c’est toujours de l’esprit dont il s’agit, l’esprit non discriminatoire. Alors, le bodhisattva Samantabhadra a eu l’éveil par l’écoute des pensées de tous les êtres sensibles.
Ceci nous ramène à la strophe 50 du Shinjinmei : Si nous considérons toutes les existences avec équanimité,
Si nous considérons, si nous entendons : c’est la similarité essentielle qui est en question ici. Le bodhisattva Samantabhadra explique à Bouddha : « Je me sers toujours de mon esprit pour écouter ; ainsi, je peux distinguer tous les multiples points de vue des êtres humains. »
Bien que nous soyons tous différents l’un de l’autre, dans le bouddhisme et dans toute voie de sagesse, il faut embrasser les différences. Car le fondement originel est l’égalité. Ce n’est pas que la différence soit égale à l’égalité. Notre nature profonde, c’est de voir tous les êtres comme tout simplement égaux. C’est ce que le bodhisattva Samantabhadra représente pour moi.
Jung a dit une phrase que je répète souvent, que finalement, il n’y a pas d’« identité particulière ». Si on arrive à voir ça en soi, beaucoup de barrières tombent, entre soi-même et les autres et à l’intérieur de soi-même. C’est très efficace.
Extrait d’un kusen donné au dojo de Halluin, le 25 janvier 1998.
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![Philippe Coupey à la Gendronnière, 1980 [Image de Philippe Coupey devant la grande cloche à la Gendronnière, 1980]](/img/pcgendro1980.jpg)