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Ejo & Dogen, Peintures de Reikai Vendettie
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Le Chant du Vent dans l’arbre sec

Commentaires de Rei Ryu Philippe Coupey sur le Sansho Doei de Maître Dogen et sur le  Komyozo Zanmei de Maître Ejo

 

chantduventLes enseignements que donne ici Philippe Coupey, maître zen dans la lignée de Taisen Deshimaru, consistent en commentaires de deux écrits japonais du XIIIe siècle, le Sansho Doei, recueil de poèmes composés par Dogen Zenji entre 1245 et 1253 et le Komyozo Zanmai écrit en 1278 par son disciple et successeur Koun Ejo.

 

La répétition et le commentaire des « dits des anciens » relèvent d’un genre que l’école zen cultive depuis les temps les plus reculés. Ce genre constitue le mode par excellence de transmission des enseignements fondamentaux, l’actualisation, sans cesse renouvelée, de la tradition.

 

Il s’agit donc, on l’aura compris, d’un message qui relève de toute autre chose que de l’érudition et n’est pas destiné à enrichir notre bagage intellectuel, mais notre vie spirituelle : « Car les mots peuvent être efficaces s’ils viennent du non-personnel, du non-soi, et s’ils sont écoutés, entendus par le non-soi », écrit Philippe Coupey dans ses commentaires du Komyozo Zanmai.

 

Le Chant du Vent dans l’arbre sec, 157 pages, Edition l’Originel, Paris 2011

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Introducton de Philippe Coupey au Sansho Doei de Maître Dogen

 

Le recueil du Sansho Doei de Dogen est une longue série de poèmes (une soixantaine de strophes en tout), presque entièrement composés à Eiheiji, qui à l’époque n’était qu’un petit ermitage isolé dans la montagne. Maître Dogen commença à écrire ce recueil en septembre 1245, un an après son installation avec ses disciples à Eiheiji. Le dernier des poèmes sera composé en août 1253, quelques semaines avant sa mort. Le Sansho Doei ne fut publié qu’en 1747 par maître Menzan Zuiho.

 

Sansho signifie : pin parasol. C’est aussi l’ancien nom de la montagne Eihei où Dogen possédait ce petit ermitage sous les pins parasols. Et Doei signifie : le chant de la Voie. Alors Sansho Doei : « Les chants de la Voie du pin parasol. »

La plupart des poèmes du Sansho Doei sont dédiés au Shogun de l’époque, Hojo Tokiyori. Il s’agissait originel-lement d’un samouraï qui, dans les années douze cents, a finalement pris la tête de l’empire. Il était aussi disciple de Dogen, qui lui avait donné l’ordination de bodhisattva.

À l’époque, la voie du samouraï et la voie du zen s’influençaient mutuellement. Pourquoi une telle influence ? Tout simplement parce que les samouraïs pratiquaient zazen aux côtés des moines, ce qui créait des liens et des relations très fortes. C’est une interdépendance bien connue. Beaucoup de maîtres ont composé des poèmes et autres textes dédiés aux samouraïs, par exemple Daichi Sokei (1), ou Dogen pour Tokiyori, mais bien d’autres parlent aussi directement des samouraïs. En tout cas il est intéressant de noter la délicatesse de ces poèmes, leur sensibilité alors qu’ils sont dédiés à des guerriers...

 

Les poèmes du Sansho Doei sont très clairs et faciles à comprendre ; il s’agit pour la plupart d’observations évidentes.

Même s’ils traitent de la nature, de paysages, de bords de mer, du printemps qui passe… c’est toujours de la conscience qu’il est question. De la conscience libre, naturelle, ordinaire, celle qui n’est ni pour ni contre.

 

(1) Toute une série de poèmes de Daichi est dédiée au samouraï Kikuchi. Ces poèmes sont intitulés « Enseignement au samouraï Kikuchi ». Daichi Sokei 1290 – 1366

 

 


 

 

Introducton de Philippe Coupey au Komyozo Zanmai de Maître Koun Ejo


 

Le Komyozo Zanmai est un texte de Maître Koun Ejo (1198-1280), grand disciple et successeur de Dogen. Ejo est connu pour l’aide immense qu’il a apportée à son maître, en tant que secrétaire, prise de notes et rédacteur de l’ensemble du Shobogenzo, mais aussi en tant que dirigeant du dojo de Dogen (qui à l’époque était un petit dojo du nom de Eiheiji), permettant ainsi à son maître d’approfondir son enseignement.

C’est en 1278, c’est-à-dire vingt-cinq ans après la mort de son maître, qu’Ejo a composé le Komyozo Zanmai, « l’essence du satori ». Ou encore, selon Kodo Sawaki :

« l’essence du shobogenzo ». C’est le seul texte qu’il ait écrit dans toute sa vie.

 

Maître Deshimaru a traduit puis commenté à plusieurs reprises ce court texte, notamment au dojo de Pernety au printemps d’avant sa mort, au mois de mai 1981. Il l’aimait beaucoup, comme d’ailleurs son maître, Kodo Sawaki et l’étudiait régulièrement, le lisant et relisant sans cesse – c’est ainsi qu’il faut étudier la Voie.

Je me souviens qu’à l’époque, en 1981-1982, les enseignants qui allaient diriger des sesshin en France ou en Espagne lisaient pendant zazen le Komyozo Zanmai d’un bout à l’autre, sans le moindre commentaire. Ils pensaient certainement que tout le monde pouvait comprendre ce texte séance tenante. Mais le comprendre n’est pourtant pas si évident.

Pour saisir ce texte, d'abord il faut comprendre le mot komyo. Komyo est « la lumière », « l’illumination », la lumière qui fait disparaître les ombres de l’ignorance ; et zo, le dépôt, l’entrepôt, le grenier. Zanmai signifie « samadhi », éveil ou si vous voulez, la conscience hishiryo. Alors on pourrait dire que le Komyozo Zanmai est le « samadhi de la lumière dans le grenier » ou « le grenier (c’est-à-dire l’esprit) illuminé par le samadhi ». C’est la pratique de zazen ; le pouvoir spirituel du non-agir par la lumière de mushotoku, la lumière du non-objet, celle qui s’allume d’elle-même ; c’est le lieu où la lumière de la sagesse rompt l’ignorance et illumine la réalité.

 

Ejo se sert aussi de komyo pour signifier l’essence de la religion. Et ainsi komyo, komyozo peut embrasser toute notre vie et nous apporter bonheur et liberté. C’est l’esprit relié au cosmos tout entier – ce qui n’est rien d’autre que la condition normale de notre esprit.