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Utiliser la religionpar Taisen Deshimaru
Dans la pratique de la Loi bouddhique, on doit recevoir le véritable enseignement des prédécesseurs éveillés. Il ne faut pas être animé d’un esprit d’utilitarisme individuel… Le pratiquant ne doit pas suivre la voie bouddhique en pensant à soi-même ; il ne doit pas pratiquer pour la renommée ni pour l’intérêt ; il ne doit pas pratiquer pour obtenir une rétribution; il ne doit pas pratiquer pour obtenir des pouvoirs miraculeux. C’est seulement pour la Loi bouddhique qu’il faut pratiquer la Loi bouddhique. Telle est la Voie. - Eihei Dogen, le Gakudoyojinshu (« L’application de l’esprit à l’étude de la Voie ») C’est une chose que Dogen répète tout le temps : il ne faut pas pratiquer la Voie de Bouddha, notre zazen, avec un esprit de profit, ushotoku. Mushotoku, c’est le non-profit. Cela est valable surtout pour zazen, mais aussi pour toute chose.
Dans la vie quotidienne, dans le travail, il est nécessaire d’avoir l’esprit ushotoku. Mais même dans le travail, si finalement vous voulez seulement gagner de l’argent, vous ne pouvez y parvenir. De même dans l’art, dans la diplomatie, dans l’amitié : si on agit avec un esprit de non-profit, mushotoku, les mérites arrivent vraiment.
![]() Vous faites zazen maintenant, mais ce n’est pas pour vous-même, pas pour votre santé, pas pour votre mérite. Vous le faites pour toute l’humanité. C’est pourquoi je dis toujours que zazen dirige le monde entier. Zazen est au-delà du cosmos. Vous ne faites pas zazen pour vous-même.
Vous pratiquez zazen pour zazen. C’est la conclusion, c’est la vraie Voie. Si vous faites zazen pour vous-même, ce n’est pas authentique. Ce point est très important. En cela le Zen est différent des autres religions.
Le bouddhisme n’a pas été créé par le Bouddha Shakyamuni. La vérité du bouddhisme existait avant le Bouddha. Elle existe de toute éternité. Le Bouddha Shakyamuni n’a fait que la découvrir. Par exemple, le fait que le principe de causalité, de la cause et de son fruit, ne s’applique pas aux mérites.
Dans la plupart des religions, on veut obtenir un mérite. La vraie foi ne consiste pas à obtenir un ticket pour le paradis. C’est égoïste. Il faut être au-delà de l’égoïsme. C’est ce qu’enseigne ce chapitre. Ce passage explique mushotoku. Nous devons nous en souvenir.
La plupart des gens demandent :
Les gens veulent se servir de zazen. Ils veulent en obtenir des bénéfices. La plupart des gens veulent utiliser les religions et utiliser Dieu, faisant décroître le corps de Dieu ou le corps du Bouddha. Nous ne devons pas utiliser Dieu ou la religion. C’est un problème important. Il faut devenir utile à la religion et à Dieu. Ou bien les gens utilisent la religion, ou bien ils lui sont utiles. C’est parce que les gens veulent se servir de la religion qu’elle s’effondre.
Si les gens ont un but, ils s’y attachent et finissent par souffrir. Ou bien, il leur faut lutter, être agressif. Si nous n’avons aucun but, nous nous concentrons ici et maintenant, exclusivement, que nous réussissions ou non. Uniquement concentrés ici et maintenant sur notre travail, quand nous travaillons. Quand nous pratiquons zazen, uniquement shikantaza. Quand nous mangeons, seulement concentrés sur le fait de manger.
Comment faire vivre le bouddhisme ? Certains trouvent toujours des prétextes pour ne pas venir faire zazen : manque de temps…un mal quelconque…un rhume…un parent malade, etc... Il est rare d’entendre : « Je n’ai pas d’argent, je ne peux pas donner à manger à mes enfants. » Ce n’est pas vrai. Même des parents pauvres trouvent toujours le nécessaire pour leurs enfants. C’est l’amour parental, c’est naturel.
Une personne qui recherche sincèrement la Voie trouvera toujours le temps pour venir au dojo et préférera, au besoin, sacrifier une autre occupation. S’il arrive qu’on soit en mauvaise santé, passer au dojo, venir saluer le maître, ou déposer des fleurs sur l’autel du Bouddha, ou venir faire sanpai, ou même ne serait-ce qu’écrire une carte, mais toujours garder le contact, tout cela traduit l’esprit vrai, l’esprit de quelqu’un qui veut demeurer présent dans la sangha.
En vérité, on ne peut pas pratiquer longtemps zazen dans un but égoïste ; on n’obtient rien, on se lasse et on finit par ne plus pratiquer.
Comment faire ? La plupart des gens désirent le bonheur et la santé. Mais qu’est-ce que le bonheur ? Dans la civilisation moderne, il est encore plus compliqué d’obtenir le bonheur. A l’époque préhistorique ou dans les temps anciens, ce n’était pas tellement compliqué. Maintenant les gens égoïstes désirent le bonheur, la santé, et à la fin ils souffrent. Ils ne peuvent l’obtenir, et ils souffrent encore plus. Quand on n’a pas trop de désirs, il n’y a pas de souffrance. C’est mushotoku.
Telle était la conclusion de ce chapitre [du Gakudoyojinshu]. Nous devons pratiquer pour le bouddhisme, pour la religion. Nous ne devons pas avoir pour but l’obtention d’un mérite, d’un miracle, de pouvoirs mystérieux, l’illumination.
Je vous en prie, pratiquez avec un esprit mushotoku.
Extraits de L’enseignement oral, édition intégrale, vol. 4, le Gakudoyojinshu de Maître Dogen, commentaires de Taisen Deshimaru (Paris : AZI, 1986).
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![[Image de Taisen Deshimaru promenant dans un jardin]](/img/deshimaru5.jpg)